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Mai, 2019

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Une Église à réparer

Une Église à réparer


Le début du carême 2019 a été douloureux pour notre Église. A la suite de nombreuses autres affaires, le procès du cardinal Barbarin, puis sa démission refusée par le pape, ont jeté le trouble dans l’opinion publique et parmi les fidèles. Le documentaire diffusé le 6 mars dernier sur Arte, au sujet des religieuses victimes d’agressions sexuelles, a révélé un abîme de souffrances et dénoncé la faute de ceux qui ont perpétré ou couvert ces actes criminels. Les personnes qui les ont subis sont profondément et durablement blessées. Devant un tel déferlement de révélations et de scandales, beaucoup de catholiques sont désemparés, exprimant leur compassion, leur colère ou leur sentiment de honte. Les prêtres, pour leur part, ressentent aussi le poids du soupçon.

Nous devons tout faire pour que cela ne puisse jamais plus se produire. Peu à peu, l’institution, longtemps complice ou timorée, a davantage pris conscience de la souffrance des victimes, et elle s’est dotée de procédures nouvelles pour que la lumière se fasse, pour que justice soit rendue : sites dédiés à l’écoute, initiatives de prévention, coopération systématique avec les autorités judiciaires. Aujourd’hui, la parole se libère. Dernièrement, au cours d’une journée de récollection, les Laïcs en mission ecclésiale de notre diocèse ont engagé le dialogue au sujet de cette actualité si douloureuse et se sont concertés pour aller plus loin. Quelques prêtres ont aussi risqué une parole, donnant suite à leur homélie du dimanche. Les propositions diffusées par les journaux La Croix et Pèlerin : « Réparons l’Église », encouragent les fidèles à s’exprimer et à suggérer les changements dont notre Église a besoin.

Dans le diocèse de Clermont, à partir de la réflexion des Laïcs en mission ecclésiale, quelques pistes se font jour.

En premier lieu, il importe de prévenir les abus. Le 25 octobre 2018, une journée de formation a déjà été proposée, à l’intention des prêtres, diacres, acteurs pastoraux, responsables d’aumôneries et de mouvements de jeunes. Il faut continuer ce travail de prévention, auprès d’un plus large public. C’est pourquoi sera mise en oeuvre prochainement, avec l’aide d’intervenants expérimentés (juristes, médecins, éducateurs) un module de formation décentralisé, destiné à tous les acteurs de la pastorale. Ce module sera complété par des ateliers ou des groupes de parole. Quand la souffrance est lourde à porter, quand le doute s’installe, les personnes ont besoin de s’exprimer et d’être écoutées. Il est nécessaire d’ouvrir le dialogue, dans la confiance mutuelle, comme les membres d’une famille tout entière meurtrie par la souffrance des plus fragiles d’entre les siens : « si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1Co 12,26).

Mais il faut aussi analyser les causes profondes de cette terrible crise, identifier les fonctionnements déviants, combattre le cléricalisme sous toutes ses formes et faire disparaître les lieux qui génèrent des comportements cléricaux. Cela doit mobiliser tous les baptisés, comme y invitait le pape François dans sa Lettre au Peuple de Dieu du 20 août 2018. C’est pourquoi je suggère que l’on s’interroge à frais nouveaux sur la « gouvernance » de notre Église et sur ce qu’il conviendrait de faire pour qu’elle devienne plus sûre. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire, dans un précédent éditorial, que plus l’Église sera « synodale », moins elle sera « cléricale ». La préparation du vingtième anniversaire du Synode diocésain offre certainement, de ce point de vue, une remarquable opportunité.

Comme Peuple de Dieu, déterminé à prendre les orientations qui s’imposent, nous devons bien sûr faire place à la prière, à la célébration communautaire autour de Jésus-Christ, meurtri, crucifié, promesse de relèvement pour tous ceux qui ploient sous le fardeau. Le carême et la Semaine sainte s’y prêtent évidemment. Mais il faut avancer avec prudence et patience. En effet, on ne peut invoquer, sans précaution et sans délai, une offre de pardon. Beaucoup de personnes victimes attendent des mesures concrètes, dans l’ordre de la justice et de la prévention, plutôt que des célébrations de repentance qui resteraient sans lendemain. Le repentir, comme le pardon, ne se décrète pas. C’est plutôt une disposition intérieure qui germe lentement, c’est un itinéraire inscrit dans la durée.

Au moment où retentit, dans la lumière de Pâques, un appel à la conversion du Peuple de Dieu dans son ensemble, je tiens à redire ma confiance à tous les acteurs pastoraux de notre diocèse, tout comme ma volonté d’avancer avec vous tous, irréversiblement, sur un chemin de reconstruction et de renouveau.

 

+ François KALIST

Archevêque de Clermont

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